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Le golfe de Guinée : la nouvelle zone à haut risque

Rapport Afrique N°195 12 Dec 2012

SYNTHESE ET RECOMMANDATIONS

En l’espace d’une décennie, le golfe de Guinée est devenu l’une des zones maritimes les plus dangereuses du monde. L’insécurité maritime est un véritable problème régional qui menace, à court terme, le commerce et, à long terme, la stabilité des pays riverains en compromettant le développement de cette zone économique stratégique. Initialement pris au dépourvu, les Etats de la région ont pris conscience du problème et un sommet international sur ce sujet doit être prochainement organisé. Afin d’éviter que, comme sur les côtes est-africaines, cette criminalité transnationale ne prenne une ampleur déstabilisatrice, les gouvernements concernés doivent mettre fin au vide sécuritaire et apporter une réponse collective à ce danger. Grâce à une coopération dynamique entre la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), les pays du golfe de Guinée doivent devenir les premiers acteurs de leur sécurité et mettre en œuvre une nouvelle approche fondée sur l’amélioration de leur sécurité maritime mais aussi de leur gouvernance économique.

Les découvertes récentes de gisements offshore d’hydro­carbures ont accru l’intérêt géostratégique du golfe de Guinée. Après avoir longtemps négligé leur domaine maritime, les Etats riverains sont désormais conscients de leur défaillance. Au plan international, le regain d’intérêt des puissances occidentales s’accompagne maintenant de celui des nations émergentes. Dans ce contexte, la montée de la criminalité maritime suscite l’inquiétude collective dans une région où, pendant des décennies, les problèmes de souveraineté et de contrôle territorial ne se sont posés que sur la terre ferme.

La région du delta du Niger, au Nigéria, était l’épicentre initial de cette criminalité. Pendant des décennies, l’ex­ploitation pétrolière a paradoxalement créé une situation de pauvreté. Alors que les tensions sociales augmentaient et que l’environnement se détériorait, la rente pétrolière n’a, en grande partie, bénéficié qu’aux pouvoirs centraux, aux compagnies pétrolières et aux élites locales. Les exclus du système de redistribution ont fini par basculer dans la contestation violente. Contraints de contourner l’Etat pour accéder à une fraction de la rente, ces derniers ont développé des activités illicites parallèles aux circuits officiels : siphonage du brut, raffinage clandestin, trafic du carburant, entre autres. L’augmentation constante des enjeux financiers a permis à ces activités de prospérer et à la criminalisation de l’économie de s’étendre.

La faiblesse ou l’inadéquation générale des politiques maritimes des Etats du golfe de Guinée, ainsi que l’absence de coopération entre eux, ont permis à ces réseaux criminels de diversifier leurs activités et de s’étendre peu à peu au-delà du périmètre des côtes nigérianes et en haute mer. La criminalité ne vise plus le seul secteur pétrolier, elle est devenue un phénomène diversifié incluant la piraterie maritime et des raids de plus en plus audacieux et perfectionnés menés depuis la mer. Par effet d’imitation ou mettant à profit certaines conjonctures sociopolitiques troublées, des groupes criminels se sont manifestés sur les côtes camerounaises, en Guinée équatoriale, au large de São Tomé-et-Principe, du Bénin et du Togo.

Au-delà de l’effet de surprise, les Etats du golfe de Guinée et les pays occidentaux s’interrogent désormais sur la meilleure manière d’endiguer ce problème avant qu’il ne prenne une ampleur déstabilisatrice. Au niveau national ou au sein des organisations régionales, des opérations ponctuelles ont été lancées et des stratégies de sécurisation sont en voie de formulation. Les Etats les plus touchés s’efforcent de se doter d’une marine et renforcent leurs moyens répressifs près des côtes dans l’espoir de dissuader les criminels.

Au plan régional, dans le cadre de son mandat de paix et de sécurité, la CEEAC a créé un centre régional de sécurité maritime et organisé des exercices d’entrainement conjoints. Cependant, le financement des efforts de coopération et la coordination demeurent un défi pour les Etats riverains. Par ailleurs, les politiques maritimes restent encore embryonnaires et symboliques sans une présence continue en mer. Au sein de la Cedeao, la coopération dans ce domaine en est encore à ses débuts et elle est ralentie par les tensions politiques et la méfiance des Etats voisins vis-à-vis du Nigéria.

Au niveau interrégional, la collaboration entre la CEEAC et la Cedeao actuellement à l’étude permettrait aux patrouilles régionales d’exercer un droit de poursuite au-delà des frontières maritimes. Cependant, les discussions interrégionales n’en sont qu’à leurs débuts et les modalités d’opérationnalisation de cette collaboration sont elles aussi ralenties par des tensions politiques. Enfin, de leur côté, les puissances occidentales présentes dans la région (Etats-Unis, France, Royaume-Uni) et les nations émergentes qui y ont des intérêts économiques (Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde) entendent désormais soutenir ces différentes initiatives et fournir appui financier et expertise sécuritaire.

L’institutionnalisation de la coopération régionale ainsi que la multiplication des initiatives internationales ne doivent cependant pas faire oublier que la montée de la criminalité dans le golfe de Guinée est surtout la conséquence d’un certain déficit de gouvernance. Dans leur grande majorité, les Etats de la région ont échoué à contrôler les activités économiques dans leurs domaines maritimes ainsi que dans les eaux internationales et à assurer le développement de leurs espaces côtiers. Cette défaillance collective a constitué une véritable opportunité pour les réseaux criminels qui jouent sur les besoins et les ressentiments des communautés locales. Inverser cette tendance négative requiert des mesures urgentes à différents niveaux : des réformes pour améliorer la gouvernance économique et sécuritaire, des politiques publiques maritimes intégrées et efficaces et une coopération régionale qui dépasse les simples déclarations d’intention. Ces mesures doivent s’inscrire dans la durée car, si la piraterie est un phénomène récent dans cette région, ses causes sont anciennes.

RECOMMANDATIONS

Aux gouvernements des Etats du golfe de Guinée (Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Bénin, Nigéria, Cameroun, Guinée équatoriale, São Tomé-et-Principe, Gabon, Congo-Brazzaville, République démocratique du Congo et Angola) :

1.  Faire de la lutte contre la criminalité maritime une priorité en créant dans chaque pays un comité interministériel chargé de développer et de mettre en œuvre une stratégie maritime nationale qui s’attaque à la fois aux menaces immédiates et aux causes profondes. Ce comité devrait comprendre au moins les ministres des Affaires sociales, des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Intérieur, des Transports, de l’Economie, du Travail, de l’Environnement, de la Pêche et des Ressources naturelles.

Pour lutter contre les causes de la criminalité maritime 

2.  Enquêter sur les réseaux de trafic de carburant afin d’identifier les compagnies impliquées dans des activités illégales.

3.  Stimuler la création d’emplois le long des côtes, en particulier en protégeant la pêche artisanale, en encourageant la transformation locale du produit de la pêche, en développant la formation professionnelle pour les populations vulnérables (anciens combattants et jeunes chômeurs) et en réinvestissant les avoirs des trafiquants de pétrole saisis dans des projets de développement.

4.  Renforcer l’application de la loi en mer par la professionnalisation des forces navales, des agences chargées de la sécurité maritime et des autorités portuaires, qui devraient améliorer leurs capacités technologiques et leurs systèmes de renseignement afin d’assurer la surveillance de l’ensemble de leur zone économique exclusive.

Pour renforcer la politique anti-piraterie sur terre et en mer 

5.  Maintenir des patrouilles navales dans les zones d’ama­r­rage et dans les eaux territoriales jour et nuit et effectuer des vols de reconnaissance réguliers.

6.  Collaborer étroitement avec l’Organisation maritime internationale (OMI) des Nations unies et l’industrie du transport maritime pour concevoir un code de « bonnes pratiques » conseillant les armateurs, les capitaines et les équipages sur les mesures anti-piraterie.

7.  Établir une force interservices contre la piraterie pour enquêter, arrêter et poursuivre les organisations de pirates sur terre et en mer.

8.  Adhérer à tous les instruments juridiques internationaux pertinents, dont la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) de 1982 et le Protocole de 2005 relatif à la Convention pour la répression d’actes illicites contre la sécurité de la navigation maritime, intégrer ces conventions dans le droit interne et former le personnel chargé de les appliquer, notamment dans le système judiciaire.

Pour renforcer la coopération 

9.  Signer, au niveau des chefs d’Etats, des ententes bilatérales entre voisins directs afin de faciliter les extraditions et favoriser une coopération étroite entre les marines, les autorités maritimes et les forces de police en matière de lutte contre la piraterie.

10.  Organiser à brève échéance des opérations de surveillance conjointe de zones spécialement dangereuses :

a) le Nigéria, le Bénin et le Togo devraient étendre l’opération Prosperity aux eaux togolaises ;

b) le Nigéria et le Cameroun devraient patrouiller conjointement leur frontière maritime.

11.  Participer pleinement aux efforts de la CEEAC et de la Cedeao visant à définir une vision commune de la sécurité maritime et mutualiser leurs moyens.

12.  Concrétiser la coopération interrégionale en :

a) organisant un sommet sur le golfe de Guinée au cours duquel les chefs d’Etat signeraient le mémorandum d’entente entre la Cedeao et la CEEAC à l’appui de la sécurité maritime régionale dans la région maritime de l’Afrique de l’Ouest et du Centre et l’Accord multilatéral relatif à la coopération visant à éradiquer les activités illicites dans la région maritime de l’Afrique de l’Ouest et Centrale ; et

b) faisant du centre d’échange d’informations sur le commerce maritime (MTISC), en voie d’être établi au Ghana, un outil de collecte et de diffusion d’information pour toute la région et en faisant du service régional de formation à la sécurité maritime prévu par la CEEAC un centre de formation pour toute la région.

Aux bailleurs de fonds :

13.  Coordonner le soutien international à travers un comité multinational des affaires maritimes pour chaque pays et faire en sorte que les interventions étrangères s’alignent sur les stratégies nationales.

14.  Soutenir la définition de politiques maritimes globales, s’attaquant à la fois aux menaces immédiates et aux causes profondes de la criminalité ; et soutenir les efforts des Etats côtiers pour créer des emplois.

15.  Insister auprès des Etats du golfe de Guinée pour que ces derniers abordent la piraterie comme une forme de crime organisé transnational nécessitant une réponse coordonnée incluant des opérations navales, un travail d’enquête policier et des poursuites judiciaires ; et concevoir des programmes de renforcement des capacités destinés à l’ensemble des agences responsables de la régulation et du maintien de l’ordre dans le domaine maritime.

A l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et à Interpol :

16.  Fournir conseil et assistance pour le suivi des flux financiers aux Etats du golfe de Guinée dans le cadre des enquêtes sur les organisations de pirates et sur le trafic d’hydrocarbures.

Dakar/Nairobi/Bruxelles, 12 décembre 2012

 
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