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Les élections de février, un test décisif pour l'unité du Nigéria

Comfort Ero, Jeune Afrique  |   27 Jan 2015

À moins d’un mois d’élections qui sont déjà l’objet de vives controverses, le Nigéria fait face à une crise multiforme. Les élections qui se tiendront les 14 et 28 février ne seront pas seulement l’occasion de choisir un nouveau président et des représentants politiques, elles constitueront, après six années d’insurrection menée par le groupe radical islamiste Boko Haram, un test décisif pour l’unité du Nigeria.

Sept candidats à la présidentielle, dont le président sortant Goodluck Jonathan et son principal opposant, l’ancien chef d’État Muhammadu Buhari, se sont publiquement engagés à appeler au calme pour favoriser le déroulement pacifique du scrutin et à éviter les violences postélectorales. Selon l’un de ses ministres, le président Jonathan a promis de quitter le pouvoir s’il est battu à la présidentielle. Ces promesses constituent une première étape positive, mais elles n’auront que peu d’effets si elles ne sont pas pleinement respectées sur le terrain.

Les élections au Nigeria ont toujours été émaillées de violence, mais celles de février pourraient l’être plus encore. Pour la première fois depuis quinze ans, deux partis au poids relativement égal seront face à face dans le cadre d’une compétition électorale nationale. Il s’agit du Parti démocratique populaire (PDP), qui a conservé la présidence et la majorité des gouvernements depuis 1999, et du Congrès des progressistes (APC), issu de la fusion des quatre plus grands partis d’opposition.

Le caractère réellement compétitif de ces élections est signe de progrès, mais l’acrimonie qui règne entre ces deux partis, aggravée par les revendications régionales et religieuses de droit à la présidence, crée un climat volatile. Le président Jonathan est un chrétien du Sud, Buhari est un musulman du Nord.

Les affrontements se sont intensifiés en janvier, avec une attaque armée contre sept membres de l’opposition qui aurait été perpétrée par des membres du PDP. Dans l’état de Kano, au Nord, des partisans du PDP ne peuvent pas faire campagne pour la réélection du président Jonathan par crainte de représailles. Son bus de campagne a été attaqué et brûlé à Jos, dans l’État du Plateau, au centre du pays. Les soutiens respectifs des deux candidats ont menacé de répondre violemment s’ils estiment que leur chef est lésé par le résultat des élections.

Boko Haram ajoute aux dangers de ces élections. Les insurgés ralentissent les travaux de la Commission nationale électorale indépendante et sont déjà parvenus à interrompre les préparatifs électoraux dans les zones à haut risque des États de Borno, d’Adamawa et de Yobe. Un nombre encore plus important de communautés locales, et donc d’électeurs,  pourrait passer sous leur contrôle avant les élections.

Au moment de la rédaction de cet article, la Commission électorale éprouve toujours des difficultés à distribuer les cartes électorales de près de 15 millions d’électeurs enregistrés (22% de l’électorat), et a demandé à ces derniers de venir chercher leurs cartes eux-mêmes, ce qui sera difficile pour beaucoup. En dépit d’une résolution du Sénat en décembre 2014 ordonnant à la Commission de prendre des dispositions afin que les déplacés internes, dont le nombre est probablement supérieur à un million, puissent voter, de telles mesures ne se profilent toujours pas à l’horizon.

La majorité des personnes déplacées étant originaires de régions soutenant traditionnellement l’opposition, leur impossibilité de voter pourrait désavantager l’APC, augmentant ainsi les risques de contestation des résultats.

Le parti pris des services de sécurité en faveur du PDP intensifie également les tensions, soulevant ainsi des doutes sur l’impartialité de ces services en cas de violences postélectorales. Boko Haram a mis en lumière les limites des services de sécurité, laissant de nombreux citoyens soucieux de savoir s’ils pourront aller voter en paix. La police, dysfonctionnelle, a subi de nombreuses représailles de la part des insurgés, tandis que l’armée croule sous le poids des victimes, de la corruption et de sa mauvaise gestion.

Quatre mesures clés peuvent être prises afin d’apaiser le climat politique

Premièrement, les partis politiques et les candidats à la présidentielle, qui sont les principaux acteurs pouvant empêcher la violence, doivent mettre un frein à la rhétorique haineuse et responsabiliser leurs partisans. En cas de contestation des résultats, les partis qui s’estiment lésés doivent se tourner vers les tribunaux en lieu et place du recours à la violence ou de toute solution hors du cadre constitutionnel.

Deuxièmement, le président Jonathan ainsi que ses chefs militaires doivent contenir Boko Haram tout en évitant une réponse brutale qui aliène les régions du Nord. À la demande des trois gouverneurs des états les plus affectés, le gouvernement fédéral doit immédiatement déployer davantage de troupes et de membres des services de renseignement avec pour double objectif de repousser Boko Haram et de protéger les électeurs. La récente attaque de Boko Haram à Baga, une localité à la frontière avec le Tchad, démontre la nécessité de renforcer la coopération avec les pays voisins afin d’endiguer les attaques transfrontalières.

La réunion ministérielle du 20 janvier à Niamey entre les pays du bassin du lac Tchad et l’intervention de l’armée tchadienne au nord du Cameroun constituent des initiatives régionales importantes. À elles seules, ces mesures sont néanmoins insuffisantes pour faire face à Boko Haram, un mouvement mobile qui utilise sa présence aux frontières de quatre pays comme un avantage stratégique.

Troisièmement, la Commission électorale doit agir rapidement pour s’assurer que des millions d’électeurs ne soient pas privés de leurs droits. Si elle se trouve dans l’impossibilité de fournir les cartes électorales restantes, les électeurs devraient être autorisés à utiliser leurs anciennes cartes d’électeurs.

Quatrièmement, les institutions qui supervisent les services de sécurité et veillent au respect des droits des citoyens, dont la Commission des services de police, la Commission nationale des droits de l’homme et certains comités du parlement fédéral, doivent condamner publiquement les actes partisans ainsi que les abus commis par les services de sécurité.

Les dirigeants religieux, issus des médias et de la société civile du Nigeria ont un rôle fondamental à jouer afin d’encourager la classe politique à adopter ces mesures pour limiter le risque de violence à grande échelle. Les Nigérians ne peuvent plus se permettre de continuer à faire de la politique comme ils le font actuellement ; ces pratiques sont en train de détruire leur pays.

 
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